Le jour où mon empreinte carbone m’a rattrapé

Six heures deux lundi 15 Octobre, j’émerge encore tout cotonneux d’un rêve douillet. Couette en plume d’oie héritée de belle maman, elle qui a su maintenir la chaleur de sa tendre affection malgré les six ans qui nous séparent de sa crémation.

J’absorbe le café Malongo chaud les yeux dans le creux. Dans la paté aussi Kimi, chatte isabelle belle rebelle bêle qu’on lui resserve cuiller de cet exquis met odorant. Le Radiodogme Forlot de France Bleu Occitanie bêle sans entrain dans un vague air monotone que bah là oui aujourd’hui tooombe la pluie sur lui. Aussi.

Emerger du lit dodo d’où le labeur nous extrait sans courtoisie c’est parfois un brin ça: un calvaire d’où le dormeur béat s’éloigne à regrets se demandant c’est quoi qu’il a fait pour mériter ça.

Puis cinquantaine de minutes douche comprise, fin prêt, on se glisse en douce derrière la courroie cuir d’un volant pas chaud  chaud non pas chaud.

Posé pied gauche sur repose  pied et droit sur pédale de frein bouton de démarrage appuyé et zouuuu en R et en arrière…La boitoto  de l’auto fait sa part. Floc floc la flotte trotte sous les roues et oh qu’il y a déjà tout plein de nous autres roulant vers le turbin bin bin.

Ce matin au moins pour le trajet initial jusqu’au travail de mon épouse la circulation pourtant déjà dense me permet de la déposer à l’heure. Allons donc traverser la ville dans l’autre sens maintenant…L’espace d’un instant je m’imagine ramener ce véhicule au parking et reprendre éventuellement le métro.

Après tout je suis à vingt minutes à pieds de la station la plus proche et il n’y aurait plus qu’à égrener une quinzaine de stations puis  reprendre la marche et arriver d’ici une cinquantaine de minutes.

Mais autant la marche  je dis oui lire ici:

LE PIÉTON QUE JE SUIS

autant mon côté claustro me gâche rapidement l’idée du métro. Et étrangement  avec un ressenti moindre en bus.

Je repense à l’épisode VAé pour Vélo à Assitance électrique de l’an dernier lire ici:

LE PIÉTON QUE JE SUIS ET LE CYCLISTE QUE JE REDÉCOUVRE 

et là:

LE CYCLISTE QUE J’AI REDÉCOUVERT CÈDE LE PAS AU PIÉTON QUE JE SUIS

en me disant qu’il faudra le retenter un jour très prochain…

Oh joie! La belle journée de labeur bientôt va dé…dé…dérouter pour commencer parce que c’est tout bouché de paaartout.

Ah bien 7h10 c’est pas bien tard quand au passage au bas de la gare routière puis ferroviaire on voit rien qui ne bouge de tous ces points rouges de feux de stops.

Elevage intensif de cocottes à gaz d’échappements association de malfaiteurs de l’atmosphère atmosphère qui nous enfument. Et j’y contribue hélas aussi.

Feu vert ouf! Cent mètres paf! Feu orange puis rouge.

Ce raccourci pour échapper aux travaux à la Halle aux grains…rue des potiers fluidité de courte durée…au grand rond c’est tout bloqué.

Ah longeant pour cet instant roulant à la cool…canal du midi et serres municipales à 7h35, là oui je l’avoue, j’envie piétons, coureurs et cyclistes qui ont fait le bon choix ce matin.

Je vous épargnerai les presque cinquante minutes restantes où englué dans un entrelacs de tôle et un concert de vociférations de voix de cornes de brumes et d’avertisseurs sonores, j’ai assisté au naufrage de la civilisation, de la courtoisie et de la bienséance. Si, si.

Parmi tout ce beau monde; j’ai croisé quelques véhicules électrique qui s’ils n’ajoutaient pas de CO2 à la sauce ne permettaient pas de fluidifier davantage le trafic.

Les piétons et les deux roues semblant s’en sortir à leur avantage, eux pourtant si exposés dans cet univers urbain dédié au dieu automobile.

D’énormes masses surélevées et gazoleuses me surplombant et s’engageant au forceps dans des ruelles coutumières des poussettes ou des chiens tenus en laisses.

Bloqué de toutes parts bien qu’essayant de minimiser au maximum ma présence au sol avec seulement un pneu et demi sur l’asphalte…cest…délicat…

Coincé en équilibre et ne mordant qu’à moitié sur la route à moitié sur le trottoir serré devant  par une voiture en stationnement et derrière par un gros monospace, tandis que sur  la voie d’en face la conductrice faisait des grimaces à ses filles pour les faire rire et souriait d’ironie en voyant la gymnastique qui l’attendait.

Et alors que j’étais presque arrivé ayant réussi l’exploit ultime de parcourir dix des douze kilomètres et demi de mon parcours en quasi une heure vingt (contre trente minutes en temps normal)…alors, j’ai été acteur bien malgré moi de cette scène: du bout de la rue: un conducteur venant de s’engager dans cette rue totalement engorgée et qui aurait pu  tout aussi bien contourner cette voie pour ne pas rajouter son CO2 à l’édifice…

Ce conducteur donc est sorti de son véhicule s’est dirigé d’un pas décidé vers mon véhicule, à tapé à mon carreau et m’a dit:

  • Dégage ta bagnole , tu bloque tout le monde avec ta merde!
  • JE ?
  • Mais t’es con ou quoi? Tu vois bien que tu bloque tout le monde. Dégage!
  • Commencez par reculer-vous et débloquer le coin de la rue, on s’engage pas dans une rue bloquée et on ne vient pas tenir de raisonnement en manquant de respect aux autres…

En retournant à sa voiture ce Toulousain typique arborant une plaque du 92 m’a gratifié d’un connard du plus bel effet.

La conductrice qui faisait des grimaces à ses filles ne rigolait plus et en haussant les épaules m’a dit:

  • Laissez tomber c’est un abruti
  • Et en plus il est malpoli…écoutez on va essayer si vous voulez bien essayer de gratter dix centimétres de votre côté et me guider.
  • Ok mais vous vous rendez compte la circulation est complétement bloquée à Toulouse depuis une heure et demie et c’est uniquement à cause de vous 😛

J’ai vu le moment où j’allais faire la connaissance d’un expert en carrosserie mais j’ai fini par voir disparaître dans mon rétroviseur la rue…

Scène quotidienne et devenue par trop habituelle me direz-vous. Mais comment et quand peut on s’habituer à ça? Quand est-ce que notre être propre a renoncé à l’être pour devenir chacun son tour au gré des jours, humeurs ou ressenti le « bon » ou le mauvais » conducteur?

Un peu plus de cinq minutes plus tard je stoppais le moteur de mon véhicule et le parking d’ordinaire plutôt rempli à cette heure étant quasiment vide.  La grande majorité de mes collègues, y compris ceux venant en bus est arrivé vingt minutes plus tard.

Ah les ralentissements, les bouchons, les embouteillages…On  assiste souvent impuissant contribuant même parfois à cet état de fait mais, et je crois que c’est là que je me suis dit – sans en avoir encore tous les codes et tous les moyens – il va falloir arrêter de faire grossir cette masse et se résoudre à faire des choix, prendre le temps mais pas trop.

On se rend compte aussi que l’on s’habitue trop docilement à suivre un chemin ceci y compris quand on a fini par se persuader que c’était sinon le meilleur, du moins le plus confortable.

Cette histoire d’un quotidien routinier est peut être aussi la votre même si les chemins ou les moyens différent même si les lieux ne sont pas similaires.

Peut-être vous y êtes vous fait, peut-être vous y êtes vous résolus, acceptant cet état de fait avec une forme de fatalité.

Mais puisque les nouvelles climatiques et la promesse de doux lendemains insouciants semble tendre à n’être plus très bientôt qu’un lointain souvenir. Puisque ce qui semblait n’être qu’une échéance lointaine comme un vilain cadeau empoisonné, une pomme gâtée laissée aux générations futures – en faisant comme si de rien n’était ou en faisant la sourde oreille aux mauvaises nouvelles pour ceux qui viendront après nous…puisque  nous en ressentons déjà les effets et en voyons le début des conséquences: c’est à nous d’en prendre notre part. Active cette fois. Et non plus passive, en spectateur ou en refilant la patate chaude à d’autres

Je ne suis pas les autres, je ne suis que moi et vais donc continuer à faire comme déjà par petites touches et à mon humble niveau, ma part. Histoire d’avoir apporté ma modeste contribution à l’effort collectif.

Le carburant coûte et va coûter trop cher et de plus en plus cher ?

Eh bien il faut rouler moins ou rouler différemment. Ou bouger autrement.

Je ne sais pas pour vous mais moi j’ai enfin décidé de ralentir. Je crois que c’est ce lundi 15 Octobre vers huit heures vingt que j’ai senti cette ombre maussade et insidieuse venir me brailler aux oreilles, ce jour où mon empreinte carbone m’a rattrapé.

Nous nous trouvons tous devant une sorte de fait accompli. Peut-être ne l’acceptez-vous pas et comme moi cherchez une solution, le palliatif, l’échappatoire…A titre personnel il me semble qu’il y a matière…Matière à réflexion et sujet à remise en question de mes habitudes. Renoncer à un certain confort…ah oui oublier le confort apparent d’un véhicule douillet pour s’en aller affronter la rigueur hivernale…euh…écrit comme ça c’est tout de suite moins affriolant.

Mais au moins ai-je le choix.

A moi de le faire en pleine conscience.

 

 

 

 

 

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2 commentaires

  1. Gilles Labruyère

    Mon expérience est que sur un trajet de 8 km en ville, pas confortable en vélo, et sans assistance (je n’ai rien contre l’assistance, c’est juste que le vélo assisté n’est pas encore arrivé !), je mets environ 5 minutes de plus qu’une voiture … je jour où la circulation est « normale ». Alors est-ce que cela vaut le coup de faire courir 50 chevaux plutôt que marcher un quart de cheval ? J’ai ma réponse mais, visiblement, les électeurs se trouvent en majorité derrière un volant et en minorité derrière un guidon !

    Aimé par 1 personne

    1. Sylvain Lechair

      Jusqu’à présent c’est davantage la crainte d’un gros méchant gadin qui m’a retenu.
      Mais je pense qu’il est temps pour moi de surpasser mon appréhension. Qui plus est j’envisage une mobilité active de type marche ou cyclisme afin de maintenir ma condition physique et de lutter activement contre les méfaits de la sédentarité. Et puis si cela peut être autant pour mon bien être que pour celui de l’atmosphère…
      A suivre ton blog Gilles, j’ai pu observer que tu pratique également la marche en tant que randonneur.

      Aimé par 2 personnes

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